Le jeu chez le chien

Nous parlons souvent de » jouer »  avec nos chiens, nous observons assez fréquemment nos chiens « jouer ». Le jeu fait partie intégrante de nos vies  et est important pour notre développement. Cette activité se retrouverait chez grand nombre de mammifères, comme le chien, et davantage chez les plus jeunes que les plus âgés1. Nous allons aujourd’hui aborder cette thématique, et essayer d’en comprendre l’utilité, pour le chien, et pour la relation qui nous unit l’un à l‘autre.

Le jeu chez le chien est très peu étudié en éthologie (science qui étudie le comportement animal). Mais certains chercheurs s’y intéressent : Alexandra Horowitz, éthologue américaine, mène actuellement une étude sur la façon dont les personnes jouent avec leurs chiens. Les propriétaires de chiens ont été invitées à envoyer photographies ou vidéos pour faire avancer les recherches.2

Qu’est ce que le jeu ?

Difficile de proposer une seule définition. Nous utiliserons la définition de la vétérinaire, Isabelle Vieira :3 « Le jeu est un ensemble de comportements produits ensemble ou successivement lors d’interactions amicale entre plusieurs individus. On y retrouve des comportements locomoteurs (course), agressifs (grognements), sexuels (chevauchement), alimentaires (prises en gueule), (…) ». il est important de garder en tête la notion « d’amicalité » : le jeu permettrait de procurer du plaisir.

Pourquoi les chiens jouent-ils ?

Chez le chiot, le jeu occupe une part importante dans son développement, et lui permet d’acquérir les codes de communication de son espèce : en multipliant les interactions ludiques, il apprend à interagir avec ses congénères, à s’ajuster.

Si chez les mammifères, le jeu est essentiellement présent chez les jeunes, le chien garde cette particularité, par rapport à d’autres espèces proches, comme le loup, de continuer à jouer, de façon plus ou moins importante, en fonction de leur tempérament et des stimulations qui leur sont proposées, notamment dû au fait qu’ils partagent nos foyers depuis des millénaires. Les hommes, par la domestication, ont sélectionné des caractères spécifiques chez le chien, et notamment en privilégiant les caractères néoténiques, c’est à dire juvéniles, leur permettant d’être particulièrement attentifs aux signaux de communication humains3 . Le chien reste juvénile, et est motivé par toute sorte de jeux. Cette caractéristique serait le propre des animaux de compagnie et  permettrait de créer des liens privilégiés avec les humains 1. Dans la nature, les animaux ont besoin de chasser, se déplacer pour survivre. En partageant nos foyers, le chien n’a pas à effectuer ses tâches : il est nourri, promené, soigné et peut donc passer un certain temps à jouer, ne craignant pas pour sa sécurité.

Le jeu permet aux chiens de se dépenser, d’être stimulé, de satisfaire son besoin de contact social, en interagissant avec ses congénères et les humains, d’explorer son environnement, d’affiner leurs actes locomoteurs.

Comment reconnaître le chien qui veut jouer ?

Le chien, va adopter des postures dites d’ « appel au jeu ». Le chien va abaisser ses pattes antérieures jusqu’au sol, relever son train arrière et remuer la queue vivement. Parfois le chien va aboyer, parfois grogner de façon de plus en plus intense, si l’individu en face ne réagit pas, pour le solliciter. Il est important de souligner que le chien, lors de ces séquences, est très mobile, contrairement lors d’interactions agonistiques (lié à l’agression, au conflit), où le chien va se mouvoir de façon plus rigide.

Comment les chiens jouent-ils ?

Plusieurs types de jeu peuvent être observés. Nous reprendrons les catégories utilisées par l’éthologue, ethnologue et sociologue, Delphine Descamps 4 :

–       le jeu social : le but étant « d’établir ou de renforcer les liens sociaux par le biais des interactions qu’il suscite, que ce soit entre congénères ou avec les humains. Il va s’agir de jeux de poursuite, de jeux de prédation, de jeux de possession ou encore de jeux de lutte ». Ces interactions sont très importantes pour le chien, pour stabiliser un groupe, pour effectuer des apprentissages, s’ajuster avec les individus en face, être stimulé. Un chien isolé, pourra s’ennuyer et développer des troubles du comportement.

–       le jeu solitaire : « les jeux solitaires sont plutôt des jeux vigoureux (galops, ruades, jeux de tête, etc..) qui impliquent une grande dépense d’énergie et contribuent certainement à exercer les muscles de l’animal ».

Penchons nous dans un premier temps au jeu chez le chiot : durant les premiers mois, le chiot va vivre avec sa mère et sa fratrie. Vont alors se succéder différentes activités, variables en fonction des phases de développement et des capacités locomotrices   Le chiot va apprendre, en contact avec sa fratrie dans un premier temps, à s’ajuster. Avec sa mère, il va apprendre à inhiber sa morsure. Les phases de jeux sont très importantes et doivent être respectées. Les apprentissages précoces effectués lors de ces premiers mois, vont servir au chien, une fois adulte, pour communiquer correctement avec ses congénères.

Différentes façons de jouer peuvent être proposées au chiot, une fois qu’il a rejoint un foyer humain, et quitté sa mère.

–       en lui permettant d’avoir des contacts répétés avec d’autres chiots ou chiens adultes : il pourra ainsi rencontrer d’autres congénères, de morphologies différentes, avec des caractères différents, dans des contextes différents..

–       en lui proposant des joutes, objets divers (ces fameux pouics pouics qui cassent les oreilles !). Certains chiots vont privilégier les jouets sonores, des objets divers (bouteilles en plastique, bâton,..).  Le chien va les prendre en gueule,  lui permettant ainsi de se dépenser, en mastiquant, s’exerçant sur des mouvements précis…l

Il est intéressant de noter que certains jouets semblent avoir plus de valeurs pour le chien que d’autres. Vous pouvez faire l’expérience : achetez deux jouets identiques. Marquez le de façon à les reconnaître (avec une croix par exemple). Ne manipulez toujours que le même jouet en jouant avec votre chien et ne touchez jamais l’autre. Essayez d’observer votre chien et voir ainsi quel jouet il va préférer pour vos interactions ludiques, en vous sollicitant, avec le petit « trésor » en gueule, ou lorsqu’il joue seul. Le jouet manipulé a  souvent plus d’intérêt, prend plus de sens pour le chien, que celui qui ne l’a jamais été. Certains chiens vont être plus attirés par certaines matières, formes, en fonction des préférences, et des expériences également.

Pourquoi favoriser le jeu avec nos chiens ?

Le chien, lors d’interactions spécifiques avec l’homme, comme le jeu, tels que le lancer de balle, retire des bénéfices : le chien développe une complicité avec son maitre, se dépense. Le jeu a un impact positif sur le chien, l’humain et sur leur relation : multiplier les expériences positives entre deux individus, permet de créer un réel lien. Les deux individus vont apprendre à affiner leur communication, développer une réelle complicité: il n’est pas rare de voir qu’un simple signal peut déclencher le jeu dans le couple homme/ chien : le chien va solliciter le maitre par un regard, émettre un signal acoustique spécifique (aboiement, grognement, couinement…) afin de solliciter son maître. Plus le chien  et l’homme retireront de bénéfices, plaisir, plus ces interactions ludiques se multiplieront.

Le jeu est utilisé par certains professionnels pour  motiver les chiens à travailler : par exemple ; lors de recherches de décombre, de drogue3. La motivation du chien à travailler est donc maintenue, il ne se décourage pas.

Chez les particuliers, le jeu va être utilisé pour éduquer de façon positive le chien. A l’inverse des modèles d ‘éducation, prôné par certains éducateurs, basés sur la hiérarchie, la punition.  Le jeu peut être utilisé dans différents contextes, et sera adapté en fonction du tempérament du chien, et des aspirations du maître : grâce au jeu, il va être possible de permettre à un chien craintif d’explorer son environnement, de façon positive (en utilisant des friandises pour l’inciter à franchir certains obstacles, au départ peu rassurants, ..). Cela permettra à un chien plus réactif de se canaliser (avec des jeux de concentration, de recherches d’objets…) en se dépensant mentalement, en plus des possibilités de dépenses physiques qui lui seront proposées.  Pour un chien qui a des difficultés à rester seul, la possibilité de mordiller, s’occuper avec un jouet rempli de friandises pourra l’occuper. Les ordres de base (comme le « stop », lors de balade) pourront être appris de manière ludique…

Il est donc important de privilégier le jeu entre hommes et chiens afin de renforcer la relation, le bien être. Il serait dommage de gâcher cette relation en utilisant la punition, alors que d’autres moyens plus agréables existent !

N’oubliez donc pas de jouer avec votre chien !

Romy Sauvageot, Chat Chien Zé Hom

 Références :

 1.  S. Tinnes Kraemer (2013) article « La relation en jeu avec le chien et le chat » http://comportementaliste.over-blog.com/

 2  Le blog : http://dogcognition.wordpress.com/

3 I.Vieira (2012) Comportement du chien. Ethologie et applications pratiques, éd. Point vétérinaire

4 D. Descamps (2006 ) Ethologie du jeu ou la « relation zooludique » entre l’enfant et le chien. Mémoire de master 2 recherche Sciences Humaines et Sociales mention Ethnologie. Université René Descartes

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